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La loutre géante (Pteronura brasiliensis), une espèce en danger...
Hélène JACQUES
Société Française pour l'Etude et la Protection des Mammifères (SFEPM)
La loutre géante mérite bien son nom !
Avec ses 2 mètres du bout du nez au bout de la queue, et ses 30 kilos, elle est la plus grande parmi les 13 espèces de loutres réparties dans le monde.
Tout comme les autres loutres, la loutre géante représente un des meilleurs exemples d'un animal amphibie, aussi à l'aise dans l'eau que sur terre, alors même que ces deux milieux requièrent des adaptations différentes. Par exemple, comme un certain nombre d'animaux aquatiques, la position de ses narines, yeux et oreilles dans un même plan au sommet de la tête, lui permet de sentir, voir et entendre, tout en nageant en surface à demi immergée.
Sa fourrure, fort réputée, possède de nombreux poils de garde très courts qui habillent la loutre d'un manteau semblable à du velours. Sa queue est coquettement aplatie dorso-ventralement, d'où son nom latin Pteronura brasiliensis, "queue en forme d'aile".

Mais, objectivement, on ne peut pas dire que la loutre géante soit aussi mignonne que ses cousines. Sa tête est trop ronde, son corps un peu trop grand, le gigantisme est difficile à porter. Pourtant cette loutre est attachante.
D'abord elle vit en groupe, ce qui est peu fréquent chez les loutres, volontiers solitaires. Et ce groupe est formé d'un couple, stable d'une année sur l'autre, assorti de la progéniture de l'année précédente, qui joue le rôle de baby sitter pour les petits de l'année. De plus ces loutres sont diurnes. On peut ainsi rencontrer un groupe de 6 loutres batifolant de jour, dans les rivières de la forêt amazonienne.
 
Quand on est loutre géante, la vie est bien réglée...
Réveil peu après le lever du soleil, pêche matinale, bains de soleil sur un tronc couché dans l'eau, jeux, sieste et pêche à nouveau. La loutre géante, forte de sa taille, est curieuse et courageuse. Qu'un caïman ou un bateau soit en vue, tout le groupe s'avance, poussant des cris d'alarme sonores et "périscopant" pour identifier l'intrus.

Plusieurs fois dans la journée, il faut néanmoins affirmer sa présence et les places de marquage des loutres géantes sont adaptées à leur taille. Sur 1 à 10 mètres de diamètre, les loutres déposent leurs crottes (épreintes) tout en les mélangeant à la terre par un savant pédalage des pattes arrières. Utilisées de façon répétée pendant des semaines, parfois des générations, ces places de marquage sont des endroits dépourvus de végétation, couverts d'écailles de poissons, qui attirent des multitudes d'insectes et de papillons multicolores quand elles sont fraîches. Placées à des endroits stratégiques, confluents de rivière, bancs de sable isolés, elles signalent la présence des loutres à leurs congénères, mais aussi aux scientifiques qui les étudient.
Gromming [Photo © C. Schrenck]
 
Une fourrure convoitée, un comportement grégaire, diurne, bruyant et curieux, la loutre géante avait toutes les qualités pour finir sur la liste des animaux disparus
 40.663 peaux furent exportées du Brésil entre 1960 et 1967, 24.000 du Pérou entre 46 et 73, sans compter les animaux tirés qui coulaient, ou les prises non déclarées. De telles ponctions sur une espèce qui, comme tout grand prédateur, se reproduit peu, ont amené la loutre géante sur la liste rouge des animaux en danger selon les critères de l'UICN (Union Internationale de Conservation de la Nature).
Disparue d'Argentine et du Paraguay, elle ne prospère plus que sur le Plateau des Guyanes, le Pantanal brésilien et certaines zones protégées du Pérou, de Bolivie, et d'Amazonie Brésilienne. <

Un projet visant à établir la distribution, le statut et les menaces pesant sur les loutres géantes s'est mis en place depuis 3 ans en Guyane Française en collaboration avec les autres pays d'Amazonie. Soutenu par la SFEPM (Société Française pour l'Etude et la Protection des Mammifères) et par la CEPA (Conservation des Espèces et Populations Animales), et ponctuellement en collaboration avec Kwata (association guyanaise de protection de la nature), le programme consiste à réaliser des interviews des utilisateurs des fleuves et à conduire des expéditions sur des rivières pour estimer les populations et préciser les menaces.
Un volet sensibilisation a aussi débuté avec l'édition d'une plaquette en 2002, et l'impression prochaine d'un livret de coloriage sur la loutre géante et la forêt tropicale en collaboration avec le WWF Guyane.
 
Si la chasse à la loutre est interdite en Guyane, ainsi que dans tous les pays d'Amérique du Sud, d'autres menaces se précisent comme la recherche d'or dans les sédiments des rivières.... Quand on sait que l'obtention de 1 kg d'or génère environ 1000 tonnes de boue dont les particules en suspension étouffent les végétaux et colmatent les branchies des poissons, on comprend que la loutre déserte un environnement ainsi saccagé. L'utilisation de mercure a un effet à long terme en s'accumulant le long de la chaÎne alimentaire pour atteindre des taux potentiellement neuro-toxiques chez les consommateurs de poissons, c'est à dire les loutres géantes, et... les humains.
 
Le programme loutre géante tente de cerner les méfaits de cet orpaillage qui prend de plus en plus d'ampleur, en particulier en comparant les données de loutres géantes vues il y a quelques années avec les données actuelles. Il semblerait que le nombre d'individus par groupe est moindre que par le passé, et que les loutres sont aperçues en des zones nouvelles, tout ceci ne constituant que des hypothèses de travail.
 
Si vous voyez des loutres géantes ou possédez des photos n'hésitez pas à nous les transmettre car les tâches blanches sont spécifiques de chaque individu et permettent de suivre les loutres d'année en année.
Hélène JACQUES :
 
Textes © Hélène JACQUES
Photos © C. Schrenck, T. Montford
Tous droits de reproduction réservés - Juin 2004
 
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