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L'esclavage en Guyane... et ailleurs - Repères
Christine POIXBLANC
Chaque année depuis 1981, le 10 juin on commémore la journée de l'Abolition de l'Esclavage en Guyane.
Pour aborder le sujet de l'esclavage et de son abolition en Guyane, voici quelques points de repères historiques et contemporains pour mieux connaître ce passé, mais aussi pour le situer dans un contexte plus large, car il faut savoir que l'esclavage, s'il est officiellement condamné aujourd'hui par tous les pays, n'a pourtant toujours pas disparu...

Nous ne chercherons pas ici à porter de jugement de valeur sur cette période de l'histoire guyanaise, mais à vous proposer quelques élements historiques.
Il dépend de chacun de se faire sa propre opinion, sans oublier de garder un oeil critique sur tout ce qui peut se dire sur cette époque, afin de tirer des leçons de l'histoire sans pour autant qu'elle devienne un objet de manipulation...
L'esclave, un Homme exploité par un homme...

L'esclave est un homme, une femme, un enfant, qui a perdu sa liberté en devenant la propriété d'une autre personne. Cette dernière dispose d'un pouvoir absolu sur cet esclave pour obtenir de lui un travail forcé.
L'esclave, quelle que soit l'époque historique, est traité comme une marchandise. Il est vendu ou acheté comme un objet. Il ne peut prétendre à aucun droit de propriété. Ses liens de mariage ou de parenté ne sont pas reconnus dans la plupart des cas. Ainsi, ses enfants ne lui appartiennent pas, et un père, une mère ou des enfants esclaves peuvent être vendus séparement.

Une société esclavagiste représente quant à elle une société où l'esclavage joue un rôle économique et social fondamental. L'essentiel des emplois serviles est effectué par les esclaves, permettant ainsi l'enrichissement des grands propriétaires et de l'élite de la société. L'esclave ne prenant la place de personne, mais répondant au contraire à une nécessité économique (généralement une pénurie de main-d'oeuvre agricole), il semble naturel à une société esclavagiste, voire même légitime, de lui imposer cet asservissement.
 
L'esclavage : d'hier à aujourd'hui...
L'esclavage a probablement existé tout au long de l'histoire de l'humanité et dans différentes civilisations, mais il semble que les premières formes d'esclavage à l'échelle d'une nation soient apparues dans l'Antiquité.
La Grèce antique et Rome ont été les premières sociétés esclavagistes, utilisant les esclaves pour le développement économique et l'enrichissement de leur nation. Les esclaves étaient généralement les vaincus d'une guerre. Dépossédés de leurs biens, ils sont ensuite conduits dans les grandes villes pour être vendus. Par exemple, durant la première guerre Punique (264-341 av J.C), les Siciliens ne pouvant se racheter aux Romains pour la somme d'une livre d'argent sont ainsi asservis.
Un des plus célèbre esclave de cette époque est le gladiateur Spartacus qui mena le plus grand soulèvement d'esclaves de l'Antiquité (ralliant plus de 70.000 hommes), et qui réussit à tenir en échec durant 2 ans l'armée romaine (de 73 à 71 av. J.C), avant d'être tué par Crassus.



Le commerce triangulaire

Après la découverte de l'Amérique en 1492 par Christophe Colomb, l'esclavage a pris un tournant particulier...
Avec les voyages des Européens au XVe et XVIe siècles, partis à la conquête des nouvelles richesses ,
Avides de ces nouvelles richesses que sont les épices ou les métaux précieux, les Portuguais, Hollandais, Français et Anglais tentent tout d'abord d'utiliser la main-d'oeuvre locale pour exploiter les ressources minières ou pour cultiver la canne à sucre qui ne pousse que sous le climat tropical. L'esclavage apparaît alors dans le Nouveau-Monde avec l'asservissement des populations indiennes... Les maladies tropicales, celles apportées par les européens, ainsi que les mauvais traitements, vouent à l'échec toutes les tentatives d'exploitations minières et agricoles. A Haïti, Christophe Colomb dénombra 900.000 indigènes en 1492. Il n'en reste plus que 14.000 en 1516...

Les Portugais apprenant en Afrique l'existence d'un esclavage ancien alimenté par l'endettement, la capture d'ennemis, mais aussi par de violentes razzias effectuées au nom de la religion, sont les premiers européens à faire commerce d'esclaves africains, pour les exporter dans les régions où la main-d'oeuvre manque : en Espagne, au Portugal et sur le continent américain. Le Portugal conservera jusqu'à la fin du XVIè siècle le monopole de ce commerce, auquel prendront ensuite part de manière active l'Angleterre, la France, la Hollande et le Danemark.
Il s'organise un "commerce triangulaire" d'esclaves entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique, appelé la "traite négrière".
Partant d'Europe, les capitaines achètent aux souverains de puissants états africains (Bénin, Congo, Sénégal, ...) en échange de biens matériels (fusils, poudre, alcool, couteaux, barres de fer, tissus...), des prisonniers de guerre ou des hommes, femmes et enfants volontairement capturés au cours de razzias dans le seul but d'être vendus. Les navires emportent ensuite cette main-d'oeuvre vers l'Amérique, où elle est vendue. Puis les bateaux rentrent en Europe avec une pleine cargaison de marchandises cultivées dans ces régions tropicales ainsi que de métaux précieux...
Entre le début du XVIe siècle et le milieu du XIXe siècle, plus de douze millions d'hommes on été vendus sur le continent américain, dont 1,6 million aux Antilles françaises et 4 millions au Brésil.
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Esclavage et révoltes

Chargés de chaînes, entassés dans les cales des navires, les esclaves sont déportés dans des conditions particulièrement difficiles. Considérés comme marchandise, ceux qui auront survécu à la traversée sont ensuite vendus pour être soumis aux travaux forcés dans les mines ou utilisés sur les plantations.
Malgré une productivité inférieure à celle d'un homme libre, l'utilisation d'esclaves reste rentable pour les propriétaires fonciers, car outre le fait qu'ils sont bien meilleur marché, ils représentent un capital pouvant être à tout moment revendu.

Les mauvaises conditions dans lesquelles ils vivent, la charge de travail qui n'a pour seule limite que les forces même de l'esclave, ainsi que les punitions, châtiments corporels, mauvaise alimentation ou le manque de soins appropriés, provoquent la mort de nombre d'entre eux. Des révoltes plus ou moins organisées contre les maîtres ne cessent d'éclater, pillages et massacres commis par les révoltés étant généralement suivis de sanglantes répressions. Une de ces révoltes célèbres reste le soulèvement dirigé par Toussaint Louverture en 1791 sur l'île de Saint-Domingue, et de la naissance de la première république noire du Nouveau-Monde : Haïti.



Le marronnage

D'autres noirs, décidant de sortir du système esclavagiste "allaient marrons" [ce mot qui vient de l'espagnol "cimmaron" est appliqué à tout être vivant (homme, animal) qui quitte "l'habitation"]. Des chasseurs de primes étaient chargés de rattrapper ces "nègres marrons" pour qui la liberté était généralement de courte durée. Il n'y a eu que peu de marronage durable en Guyane française, contrairement à la Guyane hollandaise (Surinam) où des esclaves ont réussi à constituer de manière durable des groupes indépendants et organisés dès la fin du XVIIè siècle. Après de nombreuses opérations de guerilla menées par des nègres marrons Djukas et Saramakas réfugiés sur la rive gauche du Maroni, les hollandais signent en 1760-62 des traités reconnaissant l'indépendance de ces groupes.



Le code noir

S'inquiétant de la fréquence des soulèvements, le roi de France, Louis XVI, adopte en mars 1685 un édit appelé "Code noir", pour réglementer l'esclavage aux Antilles françaises et en Louisiane et pour assurer la prospérité des colonies menacées par les esclaves insoumis. Au total, ce sont 60 articles destinés à maintenir "la discipline de l'église catholique, apostolique et romaine" et à définir "l'état et la qualité des nègres esclaves". Ce document sera utilisé jusqu'en en 1848, date du décret d'abolition de l'esclavage en France.
Ce code définit le statut juridique de l'esclave, ses obligations, les punitions en cas de vol, fuite ou violences, le statut familial, etc. Dans le but de réduire les mouvements de révolte, les réactions les plus barbares des maîtres sont elles aussi contrôlées, et l'on impose l'instruction religieuse. L'article 44 cependant résume parfaitement la considération portée à ces esclaves, qui ne sont rien de plus que des "biens meubles", c'est-à-dire des objets...

  • Article 2 : Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine [...]
  • Article 4 : Ne seront préposés aucuns commandeurs à la direction des nègres, qui ne fassent profession de la religion catholique, apostolique et romaine, à peine de confiscation des dits nègres [...]
  • Article 9 : Les hommes libres qui auront eu un ou plusieurs enfants de leurs concubinages avec leurs esclaves, ensemble les maîtres qui les auront soufferts, seront chacun condamné en une amende de deux mille livres de sucre. Et s'ils sont les maîtres de l'esclavage de laquelle ils auront eu les dits enfants, voulons qu'outre l'amende, ils soient privés de l'esclave et des enfants, et qu'elles et eux soient confisqués au profit de l'hôpital, sans jamais pouvoir être affranchis [...]
  • Article 11 : Défendons très expressément aux curés de procéder aux mariages des esclaves, s'ils ne font apparoir du consentement de leurs maîtres. Défendons aussi aux maîtres d'user d'aucunes contraintes sur leurs esclaves pour les marier contre leur gré.
  • Article 12 : Les enfants qui naîtront de mariages entres esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves [...]
  • Article 15 : Défendons aux esclaves de porter aucune arme offensive, ni de gros bâtons, à peine de fouet et de confiscation des armes [...]
  • Article 26 : Les esclaves qui ne seront point nourris, vêtus et entretenus par leurs maîtres selon que nous l'avons ordonné par ces présentes pourront en donner l'avis à notre procureur général et mettre les mémoires entre ses mains, sur lesquels et même d'office, si les avis lui en viennent d'ailleurs, les maîtres seront poursuivis à sa requête et sans frais, ce que nous voulons être observé pour les crimes et traitements barbares et inhumains des maîtres envers les esclaves [...]
  • Article 33 : L'esclave qui aura frappé son maître, sa maîtresse ou le mari de sa maîtresse ou leurs enfants avec contusion ou effusion de sang, ou au visage, sera puni de mort [...]
  • Article 35 : Les vols qualifiés, même ceux de chevaux, cavales, mulets, boeufs et vaches, qui auront été faits par les esclaves, ou par les affranchis, seront punis de peine afflictives, même de mort si le cas le requiert [...]
  • Article 38 : L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lis sur une épaule; et s'il récidive une autre fois à compter pareillement du jour de la dénonciation, aura le jarret coupé et il sera marqué d'une fleur de lis sur l'autre épaule; et la troisième fois il sera puni de mort.
  • Article 39 : L'esclave puni de mort sur dénonciation de son maître, non complice du crime par lequel il aura été condamné, sera estimé avant l'exécution par deux principaux habitants de l'île qui seront nommés d'office par le juge; et le prix de l'estimation sera payé au maître [...]
  • Article 42 : Pourront seulement les maîtres, lorsqu'ils croiront que leurs esclaves l'auront mérité, les faire enchaîner et les faire battre de verges ou de cordes; leur défendons de leur donner la torture, ni de leur faire aucune mutilation de membre, à peine de confiscation des esclaves et d'être procédé contre les maîtres extraordinairement
  • Article 44 : Déclarons les esclaves être meubles, et comme tels entrer en la communauté, n'avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers [...]
  • Article 47 : Ne pourront être saisis et vendus séparément le mari de la femme et leurs enfants impubères, s'ils sont tous sous la puissance du même maître; déclarons nulles les saisies et ventes séparées qui en seront faites [...]
  • Article 56 : Les esclaves qui auront été faits légataires universels par leurs maîtres, ou nommés exécuteurs de leurs testaments, ou tuteurs de leurs enfants, seront tenus et réputés, les tenons et réputons pour affranchis.


L'esclavage aujourd'hui...

Aujourd'hui, si l'esclavage est officiellement aboli partout dans le monde, il est pourtant loin d'avoir disparu... même s'il a pris d'autres formes.
L'exploitation sexuelle -et particulièrement la prostitution enfantine- en est un exemple, à notre époque où ce triste traffic est devenu une industrie florissante. En Asie particulièrement, un tourisme sexuel important réduit des enfants à la condition d'esclaves. Enlevés ou vendus, ils sont maintenus contre leur gré pour être prostitués. Les clients sont pour la majorité des touristes à la recherche de jeunes enfants encore vierges, par peur du SIDA ou par quête d'expériences fortement réprimées dans leur pays d'origine...

Parfois aussi, ce mot "esclave", utilisé à mauvais escient, ou trop souvent, peut nous faire perdre conscience de toute l'horreur contenue dans ces sept lettres...

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L'abolition de l'esclavage en Guyane : rétrospective

Durant la Révolution française, la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (24 juin 1793) où le mot esclavage n'apparaît pourtant pas, donne un premier fondement à la lutte abolitionniste (Article 3 : "Tous les hommes sont égaux par la nature et devant la loi", Article 6 : "La liberté est le pouvoir qui appartient à l'homme de faire tout ce qui ne nuit pas au droit d'autrui [...]").
A Saint-Domingue, alors partagée entre la France et l'Angleterre, le représentant français de l'île décide d'empêcher l'expansion des anglais sur la partie française en mettant les noirs de son côté, et particulièrement l'armée menée par Toussaint Louverture  : en août 1793, il décrète l'abolition de l'esclavage dans la partie française.
A la suite de ces évènements, le 4 février 1794, est rédigée la première abolition française de l'esclavage : "La Convention Nationale déclare que l'esclavage des nègres dans toutes les colonies est aboli. En conséquence, elle décrète que tous les hommes sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies sont citoyens français, et jouiront de tous les droits assurés par la constitution". Suivi d'aucun décret d'application, cet article n'a jamais été respecté par les propriétaires d'esclaves, déclenchant ainsi de nouvelles révoltes dans les plantations. Une autre conséquence plus positive sera le ralliement de Toussaint Louverture à la France, qui proclame son intention d'établir une république noire.

Avec l'arrivée de Napoléon 1er (Bonaparte) en 1799, et afin de rétablir l'économie coloniale, l'esclavage est officiellement rétabli le 20 mai 1802.
Article 1 :"L'esclavage sera maintenu conformément aux lois et réglements antérieurs à 1789". Le Code noir est restauré et la traite négrière reprend. Cette décision soulève des mouvements de révolte dans les différentes colonies, et oblige la France à envoyer des hommes armés en Guadeloupe et à Saint-Domingue pour rétablir l'ordre. Néanmoins, en 1804, Saint Domingue, devient la République d'Haïti (reconnue par la France seulement en 1825).
En Guyane, la conséquence du rétablissement de l'esclavage est d'avoir amplifié le marronnage.

En 1815, la traite est interdite par Napoléon, cependant elle se poursuit et les conditions de transport des esclaves ne s'améliorent pas.

En 1831, sous la Monarchie de Louis-Philippe, les droits civiques sont reconnus à tous les "hommes de couleur" libres et la Loi du 4 mars interdit la traite. Cette interdiction impose de lourdes peines aux contrebandiers. Malheureusement, ces mesures n'empêchent pas la traite de se poursuivre, elle en est même renforcée.
Cette loi sera pourtant appliquée en Guyane à partir de 1833, et les Noirs saisis sur les bateaux négriers de contrebande seront débarqués dans la colonie, avant d'être libérés.
A Mana, la soeur Anne-Marie Javouhey, supérieure de l'ordre des soeurs Saint-Joseph de Cluny et abolitionniste convaincue, prendra en charge un certain nombre de ces "Noirs de saisie" qui disposent des "papiers de la liberté". En agissant ainsi, elle se créera de fortes inimités au sein de la colonie, et devra quitter le territoire sur ordre du Gouverneur en 1843.

En France, les mouvements de contestation contre l'esclavage se font de plus en plus nombreux à partir des années 1820.
Les premiers témoignages de ces mouvements sont tout d'abord les pétitions contre l'esclavage à la Chambre, puis la parution d'un livre : "De l'abolition graduelle de l'esclavage" par Dufau en 1822, et la création à Paris d'un Comité pour l'abolition de l'esclavage par la Société Morale Chrétienne. Ce comité devient la Société française pour l'abolition de l'esclavage en 1834, et lutte en publiant des chiffres sur l'esclavage dans le monde.

 


Victor Schoelcher
L'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises va prendre appui sur plusieurs hommes, dont le plus connu de tous est Victor Schoelcher (Paris 1804 - Houilles 1893), qui découvre la situation des esclaves lors d'un voyage aux Amériques en 1829.
Il réalisera de nombreux voyages de par le monde, afin d'enquêter pour comprendre, annalyser le sort des esclaves, et pour pouvoir argumenter contre les propos de ceux qui souhaitent maintenir l'esclavage (entre autres les lobbings coloniaux). De ces voyages en Amérique, aux Caraïbes, en Egypte, en Grèce, en Turquie.., il ramène de nombreux objets qui témoignent des conditions de vie des esclaves, comme par exemple des cravaches, des fouets, des fers utilisés par les marchands d'esclaves et par les maîtres contre les esclaves.
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A partir de 1845, la situation des esclaves se modifie quelque peu en leur offrant la possibilité de constituer une somme d'argent pour se racheter et devenir des hommes libres. Il s'agit de la loi Mackau qui donne aux esclaves le droit à l'instruction, et des horaires de travail. Pour les plus chanceux, cette nouvelle loi, leur permet d'économiser un peu argent, grâce à la vente des produits de leurs petits abattis qu'ils cultivent pendant leur temps libre.

Le véritable tournant de l'abolition de l'esclavage, a sans doute été les Journées Révolutionnaires de 1848 qui ont mis fin à la Monarchie.
La Seconde République est née, avec un gouvernement provisoire qui adopte le principe de l'abolition de l'esclavage le 4 mars 1848, grâce à l'intervention de Schoelcher auprès de François Arago, ministre de la Marine.
Schoelcher est alors nommé Secrétaire d'Etat, chargé des colonies et des mesures relatives à l'abolition de l'esclavage.
Le décret de l'abolition paraît le 27 avril 1848. Il sera publié dans "La feuille de Guyane française" le 10 juin 1948.

Le Gouvernement provisoire, considérant que l'esclavage est un attentat contre la dignité humaine [...] décrète :

  • Article 1 : L'esclavage sera entièrement aboli dans toutes les colonies et possessions françaises, deux mois après la promulgation du présent décret dans chacune d'elles. A partir de la promulgation du présent décret dans les colonies, tout châtiment corporel, toute vente de personnes non libres sera absolument interdit.
  • Article 4 : Sont amnistiés les anciens esclaves condamnés à des peines afflictives ou correctionnelles pour des faits qui, imputés à des hommes libres, n'auraient point entraîné ce chatiment. [...]
  • Article 7 : Le principe que le sol de la France affranchit l'esclave qui le touche est appliqué aux colonies et possessions de la République.
  • Article 8 : A l'avenir, même en pays étranger, il est interdit à tout français de posséder, d'acheter ou de vendre des esclaves [...] Toute infraction à ces dispositions entraînera la perte de la qualité de citoyens français.[...]

Victor Schoelcher avait proposé tout un ensemble de mesures pour accompagner l'abolition de l'esclavage. Parmi celles-ci, il avait prévu une indemnisation des esclaves libérés, cette proposition fut rejetée.

Par ce décret, les esclaves des colonies françaises passent directement du statut d'esclave à celui de citoyen, sans période "d'adaptation" (comme ce fut le cas dans les colonies anglaises).


En Guyane, l'abolition de l'esclavage fut proclammée le samedi 10 juin 1848 et le décret fut publié deux mois plus tard. La déclaration de Pariset, Commissaire général de la République en Guyane, aux habitants fut en ces termes : "Citoyens, en vertue du décret de la République du 27 avril 1848, au nom du peuple français, nous proclamons l'abolition de l'esclavage à la Guyane française, Vive la République" (Propos reccueillis dans "la Feuille de la Guyane française" n°33, du 12 août 1848).

La conséquence immédiate de cette proclammation, fut la disparition du marronage et la désertion des habitations (les plantations) dans lesquelles les anciens esclaves travaillaient (en partie parce que les salaires proposés aux "nouveaux citoyens" étaient trop bas).
Pour les nouveaux "hommes libres", un des symboles de leur liberté et de leur accès à la qualité de "citoyen français" fut certainement l'échange de leur numéro de matricule contre un patronyme...
Schoelcher tenait à ce que les "nouveaux hommes libres" puissent s'instruirent par principe d'égalité. Dans ce cadre, les soeur de Saint-Joseph de Cluny ont pris en charge les cours du soirs pour les adultes en Guyane et elles ont assuré l'école gratuite pour leurs enfants.

Après l'abolition de 1848, le gouvernement de Louis-Napoléon Bonaparte (Napoléon III) est contraint de signer des contrats avec les pays étrangers d'Afrique, et avec la Chine et l'Inde pour faire venir de la main-d'oeuvre dans les colonies. Entre 1848 et 1877, ce sont plus de 8.000 Indiens, 1.800 Africains et 700 Chinois et Annamites qui sont débarqués en Guyane pour un contrat de 5 ans. Passé ces cinq années, les conditions de travail et la découverte de placers n'encouragent pas ces immigrants à rester dans les plantations. A partir de 1860, la production agricole en Guyane ne permet plus d'exporter, par manque de main-d'oeuvre.

A cette époque, Schoelcher est parti en exil en Angleterre (de décembre 1851 et jusqu'en 1870), pour avoir résisté au coup d'Etat de Napoléon III, mais il poursuit sa lutte contre l'esclavage en publiant de nombreux écrits.
Par la suite, il occupera différentes fonctions pour militer pour la liberté des hommes, et en particulier pour la reconnaissance des droits des femmes et l'obligation de suivre une scolarité pour les jeunes filles, prenant aussi position contre le bagne.

En Guyane, depuis 1848, une nouvelle société est née, pour laquelle se pose "la question de la gestion du fait esclavagiste dans la mémoire collective" (Extrait de "L'esclavage en Guyane" - Serge Mam Lam Fouck)...

 
Textes : Christine Poixblanc
Illustrations © Terres de Guyane
© Terres de Guyane - Tous droits de reproduction réservés - Juin 2001
 

Sources documentaires

  • Abolir l'esclavage : essai et anthologie
    Michèle Métoudi & Jean-Paul Thomas
    Le Forum, Gallimard Education - 1998 - ISBN :2-07040625-3
  • Histoire de la Guyane
    Jacqueline Zonzon & Gérard Prost
    Servédit, Maisonneuve & Larose - 1996
  • Victor Schoelcher en son temps : Images et Témoignages
    Nelly Schmidt
    Servédit, Maisonneuve & Larose - 1998 - ISBN : 2-86877-136-X
  • L'esclavage en Guyane. Entre l'occultation et la revendication
    Serge Mam Lam Fouck
    Ibis Rouge Editions - 1998 - ISBN : 2-911390-26-1
  • Feuille de la Guyane Française (consultable aux Archives Départementales)
    - Samedi 10 juin 1848 - n°24
    - Samedi 12 août 1848 - n°33
  • Parallèle 5 (consultable aux Archives Départementales)
    Revue mensuelle de la Guyane - 12 février 1953
 
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