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| [Photo © Thierry Montford] |
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Sous-bois forestier
[Photo © Thierry Montford] |
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Sabot de Vénus
Phragmipedium lindleyanum
[Photo © David Massemin] |
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Canopée en lisière de forêt
[Photo © Thierry Montford] |
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Jeune Philodendron
[Photo © Roger Le Guen] |
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Liane
(Réserve Naturelle des Nouragues)
[Photo © Roger Le Guen] |
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Lianes & racines "enlaçant" un tronc
[Photo © Thierry Montford] |
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Châblis
[Photo © Roger Le Guen] |
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Plantule
[Photo © Roger Le Guen] |
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Lever du jour sur la forêt
[Photo © Thierry Montford] |
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Les végétaux sont les seuls êtres vivants capables de générer leur propres éléments nutritifs à partir de soleil et d'eau ; on les nomme pour cela "autotrophes". Ils sont à la base de la chaîne alimentaire puisque contrairement à tous les autres êtres vivants, leur survie ne dépend pas de la consommation d'autres espèces mais seulement de la quantité d'eau et de soleil disponible. L'énergie lumineuse est donc une composante essentielle de la vie des plantes.
Dans les forêts tropicales où la chaleur et l'humidité fournissent déjà des conditions favorables au développement des plantes, la lutte pour la lumière fait l'objet d'une sévère compétition. Les plantes ont développé des stratégies variées et complémentaires pour utiliser de façon optimale les ressources disponibles et "ne rien laisser perdre" car on le sait, la nature a horreur du gâchis.
Le développement de ces stratégies se matérialise par la diversité des types biologiques rencontrés qui sont autant d'adaptations à l'exploitation d'une niche écologique spécifique. Le promeneur en forêt tropicale ne manquera de remarquer que la plupart des arbres sont habillés par de nombreux végétaux qui utilisent troncs et branches comme supports pour se positionner stratégiquement dans l'espace.
• Un des types biologique caractéristique du milieu tropical mais qui n'existe pas dans les forêts tempérées est celui des épiphytes, parmi lesquelles on trouve de nombreuses orchidées et broméliacées. Ces plantes sont généralement des herbacées qui ne sont pas capables de synthétiser la lignine qui est à l'origine du tronc des arbres. Cela signifie qu'elles ne sont pas en mesure de fabriquer une structure suffisamment solide pour les mener jusqu'à la lumière. Un véritable handicap dans ce milieu où les grands arbres captent la majorité des rayons solaires bien avant qu'ils aient atteint le sol. Le sous bois des forêts tropicales ne bénéficie en effet que d'environ 2% du rayonnement solaire total.
Tandis que les espèces terrestres de sous bois luttent pour se développer avec le peu d'énergie disponible au sol, la solution qu'ont trouvé les épiphytes pour parvenir à obtenir leur "part du gâteau" est tout simplement de se développer directement sur les arbres qui sont eux capables d'atteindre la voûte ensoleillée. Les épiphytes s'épanouissent donc sur le tronc ou sur les branches des arbres sur lesquels elles s'amarrent solidement grâce à de puissantes racines. Mais comment faire pour arriver jusque là lorsque l'on ne possède pas de pattes ? Les stratégies sont - là encore - bien différentes mais l'allié favori des épiphytes est sans aucun doute le vent, capable de pousser par son souffle les graines légères, ailées ou plumeuses, celles que l'on appelle aussi parfois "les filles du vent".
• Les hémiépiphytes possèdent des caractéristiques qui les rapprochent à la fois des épiphytes et des arbres. Comme les arbres, elles sont capables de synthétiser la lignine mais elles sont parvenues à éviter la phase délicate de germination dans le sombre sous bois en débutant leur développement en épiphyte dans la canopée. L'hémiépiphyte la plus communément rencontrée en forêt est le Clusia dont les fruits étoilés et parfumés jonchent fréquemment le sol. Les fruits d'hémiépiphytes sont généralement consommés par les animaux de canopée (oiseaux, chauves-souris, singes). Les graines présentes dans la pulpe sont enrobées d'une substance collante qui leur permet de rester fixées sur les branches après avoir été rejetées dans les fèces des consommateurs. Une fois la germination débutée, la plantule va envoyer des racines vers le sol, le long du tronc de l'hôte afin de puiser l'eau du sol. Une fois fixée à la fois sur le support et dans le sol, elles développent un feuillage parfois si dense qu'il masque celui de l'hôte.
L'évolution la plus originale dans ce domaine est sans doute celle du figuier étrangleur (Ficus). Ces derniers commencent leur développement en hémiépiphytes, mais leurs racines une fois ancrées dans le sol vont s'épaissir et se lignifier pour finalement se rejoindre et s'anastomoser* jusqu'à former un véritable tronc entourant celui de la plante hôte qui finit généralement par succomber à cette violente étreinte. L'hôte infortuné qui a servi de support à la plantule, servira d'engrais à l'arbre adulte.
*Anastomose : Capacité de deux structures de même nature à se réunir pour n'en former plus qu'une.
• Un autre type biologique, que l'on rencontre en forêt tempérée mais qui prend une toute autre ampleur en forêt tropicale est celui des lianes. Les lianes forestières sont, en grande majorité, tout à fait en mesure de synthétiser de la lignine, mais elles ont adopté un mode de croissance beaucoup plus économique, énergétiquement parlant. Leur axe principal (l'équivalent du tronc des arbres) est une structure légère, beaucoup trop légère pour leur permettre d'être autoportantes, c'est pourquoi elles utilisent les arbres comme appui pour s'élever vers la voûte et donc vers la lumière. Cette méthode judicieuse présente un double avantage puisque les lianes sont aussi capables d'orienter leur ascension en fonction de la lumière disponible - en changeant de support par exemple.
Les lianes, contrairement aux arbres et aux épiphytes ont donc résolu le problème de quête de lumière en développant une caractéristique peu commune chez les plantes : la mobilité. Ces plantes, qui germent au sol sont capable de se déplacer verticalement mais surtout horizontalement dans le sous bois pour se positionner de façon stratégique dans la voûte forestière.
Profitons de cette discussion pour rétablir la vérité sur le mythe de Tarzan. Si Tarzan avait réellement utilisé des lianes (qui sont, rappelons-le, solidement enracinées dans le sol mais pas nécessairement solidement ancrées dans les arbres) lors de ses déplacements professionnels en forêt tropicale, sa carrière aurait sans aucun doute été beaucoup plus brève qu'elle ne l'a été. Tarzan - contrairement à ce que nous avons tous cru (moi aussi, oui) - s'est toujours déplacé en forêt grâce aux racines que certaines épiphytes ou hémiépihytes en quête d'eau envoient vers le sol. Nous déconseillons donc fortement à nos amis promeneurs et aventuriers d'utiliser les lianes comme mode de locomotion en forêt, le risque encouru étant de recevoir sur la tête la partie supérieure de la plante, éventuellement agrémentée des branches vermoulues qu'elle utilisait comme support !
• Mais ces lianes et épiphytes n'auraient pas lieu d'être sans la présence des arbres. Les arbres sont bien entendu l'essence de la forêt, ils constituent la structure de base, l'échafaudage sur lequel vient se greffer toute la vie - animale et végétale - de la forêt. Leur croissance est, elle aussi, fortement dépendante de la quantité d'énergie lumineuse disponible. Afin d'exploiter cette précieuse ressource de façon optimale, les arbres ont développé des stratégies complémentaires d'utilisation de la lumière. Lorsqu'un arbre, trop vieux ou sous l'effet d'une violente rafale de vent, s'effondre, la trouée (appelée chablis) ainsi générée entraîne une brutale augmentation du rayonnement solaire au sol. Schématiquement, l'énergie soudainement mise à disposition va alimenter deux stratégies de développement distinctes et complémentaires aboutissant au rétablissement de la forêt initiale.
• Les plantes appelées pionnières vont être les premières à coloniser le site. Ce sont des plantes héliophiles (littéralement "qui aiment la lumière") qui ont besoin pour se développer de conditions de fort ensoleillement. Elles se caractérisent par une croissance rapide, un cycle de reproduction court (c'est à dire qu'elles atteignent leur maturité et peuvent produire des fruits relativement rapidement) et une importante production de petites graines. Les arbres pionniers sont donc capables de croître très rapidement en hauteur pour utiliser au maximum l'énergie lumineuse mais cette croissance accélérée s'effectue au détriment de la qualité de leur structure et ces "sprinters" ont donc un tronc généralement creux ou tout au moins constitué d'un bois léger et peu résistant. Les arbres pionniers ont de ce fait une espérance de vie limitée à quelques dizaines d'années dans le meilleur des cas.
• A l'ombre des pionniers, les plantules des arbres d'avenir, un peu moins "gourmandes" (exigeantes) que les premières en matière de lumière vont se développer doucement. Ces arbres à croissance lente sont appelés arbres d'avenir car ils développent une structure solide et apte à résister au temps. Ils sont caractérisés par des cycles de reproduction longs et une production peu importante de graines relativement plus grosses en taille que celles des pionniers.
Tandis que les pionniers gagnent en hauteur, les arbres du futur élaborent des structures qui formeront les piliers de la forêt mature et sur lesquels viendront s'amarrer les lianes et épiphytes.
Cette dynamique des chablis, qui aboutit chaque fois à la mise en place d'une nouvelle génération de plantes, permet à la forêt de se régénérer. On estime qu'à travers ce processus, la forêt tropicale se renouvelle entièrement tous les siècles, conservant cette structure si complexe, si riche... mais pourtant si fragile... |