www.terresdeguyane.fr Le site d'information 100% Guyane Terres de Guyane sarl : Book & références
Accueil Guyane pratique ! Articles et reportages Nature et environnement Photothèque Carnet d'adresses
Recherche sur TDG
Terres de Guyane
TOUS LES ARTICLES
Nature et environnement
Histoire
Géographie
Météorologie
Economie
Populations / Cultures
Chiffres-clés
Tourisme
Arts et culture
Actualité, évènementiel
Vie quotidienne
Divers
 
TDG
Gestion de la faune sauvage en forêt amazonienne
Cécile RICHARD-HANSEN
Afin d'établir des bases solides de discussion avec les divers partenaires, et de définir les axes prioritaires de recherche et d’action dans le domaine de la conservation et de la gestion de la faune, la DIREN Guyane (Direction Régionale de l'Environnement) a souhaité avoir à sa disposition une synthèse des connaissances et expériences développées dans les pays voisins du bassin amazonien Ces divers pays partagent en effet avec la Guyane de nombreuses espèces de faune sauvage et des problèmes très similaires quant à leur gestion : présence de populations autochtones dépendant exclusivement de la ressource naturelle pour leur survie, de populations rurales à faibles revenus utilisant la faune sauvage comme une ressource d'appoint non négligeable, et de populations citadines pratiquant régulièrement une chasse de loisir.

Une synthèse basée sur l’analyse bibliographique des documents publiés dans la littérature scientifique présente différents aspects relatifs à la chasse, à sa gestion et à ses impacts en milieu tropical sud américain. La première partie analyse les différents types de chasse, leur évolution au cours du temps, et leurs impacts sur les populations animales. La deuxième partie synthétise les connaissances de base sur l'écologie de plus de 30 espèces chassées et les possibilités d'élevage d'espèces gibier, et la troisième partie présente quelques théories de base sur la démographie et l'accroissement des populations et leur application à la gestion par prélèvement durable. Le dernier chapitre fait le point sur les législations de la chasse existant dans les pays voisins et présente des systèmes de gestion communautaires.
Les législations sur la chasse
Après un tour d'horizon sur les législations de la chasse en vigueur dans les pays voisins, il ressort en tout premier lieu que la Guyane bénéficie en comparaison d'une grande libéralité dans ce domaine. La législation métropolitaine n'est en effet pas applicable à la Guyane, et l'essentiel des mesures de gestion consiste en un arrêté qui fixe les espèces chassables et commercialisables. Il n'existe ni permis de chasser, ni saisons de chasse, ni organisation ou système d'identification des chasseurs.

Parmi les autres pays amazoniens, certains comme le Brésil et la Bolivie ont une politique extrêmement protectionniste, qui interdit pratiquement toute chasse et tout commerce de faune sauvage. Force est de constater cependant que cette option est totalement incompatible non seulement avec les possibilités de contrôle et d'application des textes, mais également avec la réalité économique.

D'autres pays ont une politique orientée vers une combinaison de la protection et de l'utilisation rationnelle et valorisation des ressources. Dans la plupart des cas, on retrouve alors la nécessité d'obtention d'un permis de chasse annuel qui s'obtient sans examen mais moyennant le paiement de droits, souvent faibles ou nuls pour la chasse de subsistance ou en milieu rural. Le type de permis et son prix sont différents selon le type de chasse pratiqué: sportive, commerciale, de subsistance… Il permet le recensement des chasseurs, et la diffusion d'un certain nombre de réglementations. Les limites de chasse les plus communément établies correspondent à des périodes d’ouverture et de fermeture de la chasse, ainsi que la délimitation de quotas de chasse variables selon les espèces et les pays.
 
La gestion durable de la faune


Pirogue franchissant
un saut sur le Maroni

[Photo © Thierry Montford
Dans les zones isolées, l'option actuellement la plus réalisable est une gestion communautaire des ressources, qui s'effectue grâce à la coopération des scientifiques et des populations utilisatrices. Dans les réserves communales du Pérou, par exemple, des analyses de chasse essayent d’établir un modèle "d'utilisation durable" de la faune, en comparant la production (soit le nombre de jeunes d’une espèce nés par an et par km2) au taux de prélèvement de cette espèce (nombre d’animaux tués par an et par km2). Il a été estimé que selon les paramètres démographiques des espèces, une limite de 20, 40 ou 60% de prélèvement de la production en jeunes est le maximum possible pour conserver un stock constant de population. Après un "diagnostic" des pratiques de chasse, des propositions de gestion sont formulées par concertation. Des programmes multidisciplinaires permettent d'intégrer les nécessités écologiques et économiques, et d'adapter les réponses au contexte traditionnel, ce qui favorise leur acceptation et augmente leur efficacité.
Cependant, le niveau de connaissances actuel de la biologie des espèces et du fonctionnement des populations est à l’heure actuelle encore largement insuffisant. Quel que soit le système de gestion mis en place, un suivi continu des taux de prélèvement, d’abondance et d’état des populations animales à l’aide d’indices doit être mené parallèlement, afin d’ajuster rétrospectivement et continuellement le niveau de prélèvement, dans un sens ou dans l’autre, en fonction des réponses écologiques constatées.
 
Les études nécessaires
Ces études permettent en plus d'apporter des connaissances de base sur la biologie des espèces chassées, qui font souvent défaut.

Les analyses de tableaux de chasse permettent par exemple une étude approfondie des paramètres reproducteurs des espèces chassées : le nombre de petits par portée, la fréquence annuelle des mises bas, la proportion de femelles dans une population et celle des femelles qui participent à la reproduction sont des notions indispensables pour une gestion rationnelle.
L’identification d’une taille minimum nécessaire à la reproduction des caïmans, par exemple, de même que la délimitation de la période de reproduction en Guyane peuvent s’avérer des outils précieux pour mieux gérer les prélèvements de cette espèce.


Maïpouri (Tapir)
Tapirus terrestris
[Photo © Philippe Gaucher]
Si les saisons de reproduction semblent peu marquées pour beaucoup d’espèces de mammifères, les connaissances sur les saisons de ponte et de nidification des espèces de gros oiseaux terrestres (Hocco, Agamis Tinamous) devraient être largement approfondies.
Ces espèces représentent une importante ressource gibier et leur vulnérabilité à la chasse est soulignée par leurs importantes diminutions d’abondance dans les zones chassées.

D’autres espèces comme le tapir font partie des cibles très recherchées par les chasseurs. Or, si l’état des connaissances actuelles sur cette espèce nous permet de souligner sa vulnérabilité à la pression de chasse, peu d’éléments sur son écologie permettent de comprendre comment fonctionnent les populations de tapir. Les densités, la taille des territoires occupés, les déplacements, les préférences d’habitat, sont des paramètres encore largement inconnus à l’échelle amazonienne.
La comparaison des densités des diverses espèces dans différents sites d’Amazonie ou de Guyane montre de grandes disparités dont l’origine est souvent encore peu claire à l’heure actuelle. Des pressions de chasse d’intensité différentes expliquent en partie ces différences, mais la richesse du milieu, sa structure ou sa composition sont également source importante de variation dans les potentialités d’accueil des espèces. La gestion des prélèvements doit s’adapter au plus près aux situations locales. Des analyses comparatives des indices d’abondances des diverses espèces doivent être réalisées dans différentes conditions socio-écologiques et couplées aux analyses de prélèvements par la chasse, ainsi qu’à des évaluations des potentiels écologiques des différents milieux suivis.
 
Les possibilités d'élevage de faune sauvage


Cabiaï

Hydrochaeris hydrochaeris
© Roger Le Guen


Iguane vert
(mâle adulte)
Iguana iguana
© Hubert Géraux
 


Pécaris à lèvre blanche

Tayassu pecari
© Thierry Montford
L'élevage d'espèces sauvages en captivité est également un mode de gestion régulièrement évoqué pour conserver des espèces menacées, pour alléger la pression de chasse sur certaines espèces gibier, ou pour développer une ressource à haute valeur commerciale.

Au Brésil ou au Venezuela, par exemple, de fortes incitations sont faites par les autorités pour l'établissement d'élevages d'espèces sauvages. De nombreuses équipes ont mis au point des techniques d'élevage de pécaris, de gros rongeurs (pac, cabiaï, agouti), de caïmans et d'iguanes. Une documentation a été rassemblée sur ce domaine également.

Des exemples d’élevages existent à différents niveaux de production et différents contextes. Certains élevages ruraux communautaires sont orientés vers la production de viande locale (cas de l'iguane en Amérique centrale, par exemple, et dans une certaine mesure du pac), et des élevages commerciaux de plus grande envergure existent pour la vente de viande dans les restaurants (pécaris), l'exportation d'animaux de compagnie (iguanes) ou de produits dérivés (cuirs et peaux).

Quel que soit le type d'élevage, il semble cependant évident qu'une phase préalable d'études zootechniques appliquées et adaptées au contexte socio-économique guyanais serait fortement utile.
Des établissements pilotes peuvent ensuite fournir les animaux, les conseils précis et les exemples d'installations aux éleveurs désirant s'installer. Cependant, il semble primordial que ces établissements expérimentaux aient clairement une vocation de zootechnique appliquée, et se basent sur les acquis obtenus ailleurs pour fournir rapidement des solutions concrètes. Si des études scientifiques peuvent se greffer sur ces élevages, pour fournir par exemple des données sur la reproduction, la priorité de recherche doit se trouver dans l'étude des rendements, coûts de production et potentialités de développement économique.

Par ailleurs, il semble également inévitable que la mise en place d'élevages de type novateur, particulièrement en zone rurale, nécessite une période de soutien et de subventions avant d'être opérationnels et rentables.
 
En conclusion...
Les résultats théoriques et les expériences pratiques de gestion mis en œuvre à travers le bassin Amazonien constituent un cadre de réflexion qu'il convient impérativement de valider localement, par la mise en place d'études à vocation "appliquée à la gestion", qui fourniront à la fois les outils nécessaires à la gestion et des données scientifiques.

Parallèlement, des recherches plus fondamentales doivent contribuer à améliorer notre connaissance du fonctionnement des populations animales, pour contribuer également in fine à la mise en place d’une gestion véritable et raisonnée des ressources animales, basée sur des réalités biologiques, et dont la nécessité est désormais avérée en Guyane.
Voir aussi l'article du même auteur : "Protection et Gestion de la faune en Guyane"
 
Textes © Cécile Richard-Hansen - Docteur en Etho-écologie
Photos © Philippe Gaucher, Hubert Géraux, Roger Le Guen et Thierry Montford
Tous droits de reproduction réservés - Novembre 2001
 
 
Haut de page
 
 
2001 - 2010 © TERRES DE GUYANE - Tous droits de reproduction réservés
Mentions légales - Conditions d'utilisation Recherche dans TDG