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Panorama sur l'agriculture guyanaise
Christine POIXBLANC
Les premiers résultats du recensement 2000 d'Agreste Guyane dressent un tableau très intéressant du monde agricole et de son organisation géographique, économique et humaine.
Ainsi peut-on apprendre que plus de la moitié des chefs d'exploitation (à temps complet) en Guyane sont des femmes !
Voici un panorama sur l'agriculture guyanaise, avec quelques chiffres-clés, pour tenter de mieux appréhender le monde agricole...
Jeune femme sur un abattis
Photo © Roger Le Guen
Le paysage agricole
Pour évaluer la situation agricole d'une région, plusieurs indicateurs statistiques sont utilisés dont la SAU (lire S-A-U = Surface Agricole Utilisée pour produire des fruits, légumes et tubercules, céréales, herbages...). La SAU représente 23.176 hectares en Guyane (232 km2).
Un rapide coup d'oeil sur l'ensemble du paysage agricole, nous montre qu'on ne cultive pas partout ni les mêmes produits, ni les mêmes surfaces. Il existe une organisation spatiale de l'espace conditionnée par différents facteurs tels que le milieu naturel, ses ressources, ses contraintes, la population et ses habitudes culturelles, etc. Les résultats du recensement "Agreste 2000", complétés par les données de la DAF pour l'année 1997 et de la CCIG, témoignent particulièrement bien du zonage de ces 23.000 hectares de SAU, en 3 modes d'exploitation.
 
• Exploitations de "petit format"
56 % des exploitations sont de petite taille (inférieure à 2 hectares) et couvrent 13 % de la SAU du département.

Pour la plupart, il s'agit d'abattis, un mode de culture traditionnel.
Ce type d'exploitation est actuellement en expansion en Guyane, et plus précisément le long des 2 fleuves-frontières, sur le Maroni (à l'ouest, frontière avec le Surinam) et l'Oyapock (à l'est, frontière avec le Brésil), en raison de la croissance démographique dans ces espaces.
L'abattis produit principalement des légumes (concombres, salades), tubercules (manioc, ignames, dachines) et fruits (bananes, ananas, papayes...), avec des cultures dominantes et des cultures spécifiques différant selon les régions et les populations.


Abattis
[Photo © Thierry Montford]
On trouve 5 zones principales où la culture de l'abattis est prépondérante :
- sur le littoral, autour de Mana, Roura et Régina,
- sur les communes de l'intérieur, autour de Saint-Elie et de Saül.
A Saül, les abattis sont plutôt utilisés pour planter des arbres fruitiers. A Saint-Elie, ils servent d'avantage à la production de légumes et de tubercules que de fruits.

Il s'agit d'une agriculture familliale, plutôt d'autosubsitance, réalisée le plus souvent avec de petits moyens logistiques.
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• Exploitations de "format intermédiaire"


Plantation maraîchère à Cacao
Photo © Thierry Montford
Le nombre d'exploitations de taille moyenne (SAU comprise entre 2 et 10 hectares) est actuellement en régression. Néanmoins, elles réprésentent encore 41 % des exploitations et couvrent 30 % de la SAU. Elles sont plutôt spécialisées dans la production de fruits ou de légumes, et sont essentiellement implantées sur Régina, Matoury, Rémire et Roura, à la périphérie des centres urbains.
 
• Exploitations de "Grand format "


Fenaisons sur la savane Matiti
Photo © Thierry Montford
Inversement, seulement 3 % des exploitations sont de grande taille (supérieure à 10 hectares) et occupent à elles seules 57 % de la SAU totale. La surface moyenne de ces exploitations atteint un peu plus de 70 hectares. Elles se situent dans la plaine du littoral, sur Régina, entre Montsinéry et Macouria, sur Sinnamary et Mana. Ce sont des vergers, de vastes prairies ou savanes vouées au pâturage, ou des rizières sur polders (à Mana : 5.000 ha).
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Le paysage économique
Entre 1989 et 2000, le nombre d'exploitations agricoles recencées en Guyane est passé de 4.500 à plus de 5.300, soit 18% d'augmentation.
 
• Les filières animales
Les élevages ont produit près de 750 kg de viande de caprin (chèvres), un peu plus de 1.800 kg de viande d'ovin (brebis), plus de 22 tonnes de viande de lapin, 265 tonnes de viande bovine, 332 tonnes de viande porcine et 447 tonnes de volailles (chiffres en abattage contrôlé en 1997).

Les importations de viande dominent le marché local. Seule la filière porcine couvre 46% des besoins et la filière bovine 22%.
Les raisons de cette situation sont multiples :
• importations illégales de viandes depuis le Surinam ou le Brésil
• concurrence des importations légales
• coût élevé des compléments alimentaires importés
• insuffisance d'aide technique (manque d'agents spécialisés : vétérinaires, zootechniciens..., capables d'encadrer ou de transmettre certaines techniques de production)
• irrégularité des approvisionnements de produits agricoles (compléments alimentaires), liée notamment aux blocages des activités portuaires par les grèves
• problèmes engendrés par les retards de construction du nouvel abattoir
• difficultés liées à l'accès au foncier, à l'obtention de prêts bancaires ou au préfinancement des subventions
• manque de structuration dans la chaîne de distribution ou l'absence de filières de transformation
• mise au normes des locaux, abattoirs, ateliers de transformation...


Elevage bovin
Photo © Thierry Montford
A l'exception peut être du secteur bovin, la filière animale est généralement conduite par de petits élevages familiaux.

Sur les 2.000 têtes du cheptel ovin comptabilisées en 1997, les 2/3 sont élévés dans de petits élevages familiaux de moins de 10 bêtes. Cependant, le cheptel a régressé en l'espace de 3 ans à 1.600 têtes.
L'élevage caprin (chèvres) est moitié moins important que celui d'ovins. On compte 1.000 têtes dont 800 femelles en âge de reproduction réparties entre 6 éleveurs.
L'élevage porcin comptait 1.810 truies mères en 1998 pour 40 éleveurs. 78% des élevages comptaient moins de 10 truies.
L'élevage bovin réunit 9.500 têtes pour 326 éleveurs. 45% des fermes ont plus de 350 bovins.
 
• La filière des céréales, légumes et tubercules


Exploitation d'une rizière à Mana
Photo © Hubert Géraux
Les principales cultures sont le riz avec plus de 19.600 tonnes produites en 2000 et le manioc avec plus de 10.000 tonnes en 1998.

La culture du riz sur polder est concentrée essentiellement sur la région de Mana (Ouest guyanais). La production satisfait 100% des besoins du marché local, et l'exportation de riz représente plus de 15.000 tonnes en 1997 soit un chiffre d'affaire de plus de 7,8 millions d'euros (51 MF). Actuellement, la production moyenne de riz paddy (riz non décortiqué) est de 13.786 tonnes. De nouvelles filières de production se sont installées pour produire du riz cargo (riz séché et décortiqué), qui est exporté ou conditionné pour la vente.
La filière légumes frais, tubercules racines et bulbes couvre 4.831 hectares et occupe 4.298 exploitations. Le manioc est cultivé sur 4.400 hectares dans des abattis et est généralement transformé directement sur place en couac ou cassave.
 
• La filière des fruits


Saveurs guyanaises...
Photo © Thierry Montford
La Guyane connaît 3 pôles de production principaux : les régions de Cayenne (jusqu'à 40 km autour du centre urbain), Cacao et Javouhey.

Les cultures de bananes, ananas et de maracuja occupent 153 exploitations et sont cultivés sur 470 hectares. La production de bananes atteint plus de 3.800 tonnes et celle de l'ananas 1.632 tonnes.

Les surfaces fruitières permanentes (2.674 ha pour 2.956 exploitations) produisent plus de 5.000 tonnes de fruits dont 2.000 tonnes d'agrumes.
La consommation de produits frais est de 75kg par an/personne. La production locale s'élève à plus de 10.800 tonnes (chiffres en 1987) et les importations ne réprésentent que 1.200 tonnes approximativement. Peu de produits sont transformés.
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Le paysage humain
Le mode de gestion prédominant du secteur agricole reste pour le moment l'exploitation à titre individuel, et plus de la moitié des terres est mise en valeur par l'exploitant lui-même.
La population agricole regroupe plus de 12 % de la population totale de la Guyane, soit plus de 20.000 personnes dont la moitié est agée de moins de 20 ans. L'activité cumulée de l'ensemble de ces personnes représente un total équivalent à 5.200 emplois à temps plein.
La part accordée au travail agricole est très hétérogène d'une région à l'autre, elle est la plus importante sur la zone littorale. Au moins 15% des chef d'exploitation sont pluriactifs et assurent une activité complémentaire de leur activité agricole.

Chez les chefs d'exploitation, plus de la moitié sont des femmes qui travaillent à temps complet. Quelle que soit la tranche d'âge comprise entre 15 à 34 ans, les femmes agricultrices sont plus nombreuses que les hommes, chez les 35-44ans, les proportions sont égales, passés 45 ans, cette situation s'inverse.
Age des chefs d'exploitation
Tranche d'âge Hommes Femmes
15 à 24 ans 3% 11%
25 à 34 ans 20% 29%
35 à 44 ans 29% 29%
45 à 59 ans 31% 20%
60 ans et plus 17% 11%
Total 100% 100%
[Source Agreste - Recencement agricole 2000]
Proportion de femmes agriculteurs par tranche d'âge des chefs d'exploitation
15 à 24 ans Près de 75% de femmes
25 à 34 ans Plus de 60% de femmes
35 à 44 ans 50% de femmes
45 à 59 ans Moins de 35% de femmes
PLUS D'INFOS :
• Voir aussi l'article du même auteur : "Focus sur l'abattis"
• Agreste
Source d'informations et statistiques sur l'agriculture, la pêche et la forêt avec les résultats du recensement 2000 de la région Guyane.
• Service statistique agricole de la Direction de l'Agriculture et de la Forêt (DAF)
Email : srsa.daf-guyane@agriculture.gouv.fr
Cité Rébard - 97305 Cayenne
Tél : 0594.29.63.62 - Fax : 0594.29.63.63
Textes : Christine Poixblanc
Photos © Hubert Géraux, Roger Le Guen, Thierry Montford
© Terres de Guyane - Tous droits de reproduction réservés - Février 2003
 
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