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Agriculture en Guyane française : focus sur l'abattis
Christine POIXBLANC
L'abattis, petite clairière agricole, est un mode de culture traditionnel des régions tropicales.
Focus sur cette agriculture itinérante...
Brûlis sur un abattis
[Photo © Roger Le Guen]
Ouvrir un abattis...


Abattis sur l'Acarouany
[Photo © Hubert Géraux]
En début de saison sèche, les lianes, les arbustes et les arbres sont coupés à la machette, à la hache voire à la tronçonneuse sur moins de 5 hectares de forêt en général. Certains arbres peuvent être épargnés s'ils présentent un intérêt particulier pour l'agriculteur (ressources alimentaires, tuteurs...).

Arrivé à la fin de la saison sèche, les bois morts tombés au sol sont brûlés. Ce feu qui s'arrête aux limites de la clairière, bloqué par la végétation de la forêt, détruit également les graines et les insectes indésirables aux cultures.

De ce "brûlis", subsistent les plus gros troncs avec lesquels on pourra parfois faire du charbon, ou qui seront utilisés pour alimenter un feu de cuisine.
La clairière ainsi préparée se trouve recouverte d'un tapis de cendres, qui contient suffisament de sels minéraux pour enrichir le sol et démarrer les plantations aux premières pluies.

En moyenne, une dizaine d'espèces différentes sont plantées sur cet espace : il est alors question de polyculture en jargon agricole.
Les tubercules de manioc, d'igname, de dachine et les plants d'ananas, de papayers... semblent pousser en pagaille, mais l'apparence est trompeuse ! Tout est réfléchi pour que, par exemple, une plante à croissance rapide apporte l'ombre nécessaire à celles qui poussent plus lentement. Selon les savoirs, l'expérience, les préférences culinaires et les traditions de chacun, Amérindiens, Bushi-Nengés, Haïtiens, ou Créoles... choisissent et associent différement les espèces cultivées.

 
Un type de culture adapté aux contraintes tropicales


Désastre à Madagascar : la forêt déboisée
[Photo © Maël Dewynter]
Lorsqu'elle est réalisée de manière disparse en forêt, ce type de culture évite la prolifération rapide de nuisibles. En effet, là où la forêt tropicale est détruite pour être transformée en d'immenses terres agricoles, la prolifération des parasites devient un problème difficile à gérer.

C'est le cas tristement célèbre de Madagascar (état insulaire d'Afrique dans l'Océan Indien) où la forêt tropicale a été détruite sur de très grandes surfaces pour cultiver le sol. Ce défrichement outre-mesure est la cause de sérieux problèmes agricoles sur cette île.
On observe des problèmes de fertilité car le sol mis à nu est soumis à l'érosion directe du vent et des pluies, mais d'autres problèmes moins prévisibles sont apparus, tels que l'invasion des sauterelles !
En effet, depuis la disparition de la forêt tropicale, ces insectes prolifèrent : ils se déplacent par nuées et viennent dévorer des champs entiers. Auparavant les abattis dispersés en forêt malgache étaient protégés par la la forêt qui constituait un bouclier isolant les cultures les unes des autres et évitant ainsi le rassemblement de sauterelles par milliers. Mais aujourd'hui ces forêts ont disparues à tout jamais.... et Madagascar doit désormais faire face à de nombreux problèmes agricoles et environnementaux.
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Une culture itinérante
Une des particularités fondamentales des abattis est son caractère itinérant. Après 2 ou 3 ans, la clairière est abandonnée, laissée en jachère, car le sol tropical n'est pas suffisament riche en sels minéraux pour assurer une rentabilité intéressante au-delà de 3 ans.


Cultures dans un abattis
[Photo © Thierry Montford]
La forêt reprend alors ses droits et recolonise son espace peu à peu : des graines sauvages sont transportées jusque dans l'abattis par les animaux : elles se trouvent cachées dans les déjections des chauves-souris, des oiseaux... et germent à la lumière directe du soleil (plantes héliophiles).
La végation constituée par ces premières plantes à croissance rapide offre l'ombre nécessaire aux plantes à croissance plus lente et de sous-bois (plantes ombrophiles = celles qui redoutent la lumière directe du soleil).
La forêt se cicatrise lentement : on considère qu'il faut à peu près 100 ans pour qu'elle retourne à son état initial...
 
L'abattis en Guyane ?
L'abattis représente les 3/4 des exploitations agricoles de Guyane (Source : Agreste 2000 - DAF Guyane) et permet dans la majorité des cas l'autosubsistance ou l'autoconsommation, c'est-à-dire de quoi nourrir une famille. Les revenus tirés de cette forme d'exploitation restent relativement faibles. Il n'existe pas pour le moment de marché économique local suffisament bien structuré pour prendre en charge la distribution et la vente des produits de cette filière.
D'autre part, de plus en plus d'abattis sont ouverts à l'aide d'équipements motorisés (tronçonneuses, débrousailleuses), en conséquence, la surface de ces exploitations tend à augmenter.


Brûlis dans un abattis
[Photo © Thierry Montford]
Sur le littoral, les abattis, culture à l'origine itinérante, semblent évoluer vers d'autres formes de cultures sédentaires. Certains sont convertis en vergers et d'autres en lotissements lorsqu'ils se trouvent à proximité des centres urbains. Les communautés Hmong qui approvisionnent en grande partie les marchés en produits maraîchers, ont également développé une forme d'agriculture intermédiaire entre l'agriculture intensive et l'abattis.

Les programmes de développement agricole qui ont débutés dans les années 60 en Guyane n'ont jamais réellement pris en compte ce type d'exploitation. Il s'agit pourtant d'un mode de culture, adapté aux conditions locales et bien développé dans toutes les communautés (Amérindiens, Bushi-Nengés, Haïtiens, Créoles...) composant la Guyane. Actuellement, plusieurs projets (aide financière, logistique, formation...) sont mis en place, pour soutenir cette forme d'agriculture et favoriser son insertion dans le secteur économique et social...
 
Textes : Christine Poixblanc
Photos © Maël Dewynter, Hubert Géraux, Roger Le Guen, Thierry Montford
© Terres de Guyane - Tous droits de reproduction réservés - Janvier 2003
 
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