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| Il a du piquant l'awara ! |
| Christine POIXBLANC |
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| Un palmier guyanais |
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L'awara (de son nom scientifique Astrocaryum vulgare) est un palmier épineux qui pousse sur les terres basses, dans les sols argileux ou sableux bien drainés, le long du littoral guyanais. Il mesure entre 5 et 15 mètres de haut. |
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Grappe de fruits
à maturité |
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L'aiguillon de l'awara est noir,
aplati et se termine par une pointe acérée... |
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Chaque pied d'awara est composé de plusieurs stipes* terminés par une couronne de feuilles, qui le fait ressembler à un plumeau géant. Les feuilles d'awara se reconnaissent à leur forme pennée (comparable à de grandes plumes), leur couleur blanchâtre sur la face inférieure et leurs aiguillons orientés dans tous les sens.
Des aiguillons qui peuvent mesurer une dizaine de centimètre voir plus, recouvrent tout le palmier à l'exception des fruits charnus. C'est pourquoi l'on préfère ramasser les fruits une fois tombés au sol afin d'éviter de se blesser...
*Les palmiers ne sont pas des arbres, contrairement à ce que l'on pourrait penser. Leur "tronc" qui n'est pas composé de vrai tissu ligneux (comme le bois) s'appelle un stipe, le terme de tronc étant réservé aux arbres. |
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L'awara produit quatre grappes de fruits par an en moyenne, mûrs entre avril et juin.
Les fruits sont verts au départ puis ils se colorent pour devenir rouge-orangé à maturité. Plutôt ovoïdes, la forme et la taille des fruits peuvent légèrement varier d'un palmier à l'autre, mais tous les fruits d'awara se prolongent par une sorte de "tétine" appelée acumen en langage scientifique. L'acumen nous indique simplement qu'à cet endroit se trouvait l'extrémité de la fleur femelle avant qu'elle ne se transforme en fruit. En effet l'awara porte des fleurs femelles distinctes des fleurs mâles. |
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| Un jardinier au service de l'awara ? |
| Des souvenirs de nos grand-parents ou de nos parents lorsqu'ils étaient encore enfants, on entend dire que l'awara poussait un peu partout... Pourtant, en l'espace d'une ou deux générations, le nombre d'awara a régressé, entre autres parce que les méthodes de défrichage actuelles ne respectent que rarement les jeunes plants, mais aussi parce que les agoutis ne sont plus suffisamment nombreux dans les zones semi-urbaines. |
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Jeunes repousses d'awara
et graines tombées au sol |
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L'agouti (Dasyprocta leporina) est en effet le jardinier d'un certain nombre d'espèces de palmiers composant son alimentation dont l'awara fait partie.
Lorsque la quantité de graines d'awara tombées au sol est importante, l'agouti consomme les fruits sans se soucier de son avenir mais, lorsque ceux-ci se font plus rares, l'agouti constitue alors des réserves de survie en allant enterrer les graines une par une à plusieurs mètres du pied. Toutes ces graines sauvées de l'action prédatrice des fourmis germent dans le sol et les premières feuilles qui émergent de terre sont l'unique repère visuel qui permet à l'agouti de retrouver ses cachettes. En effet, l'agouti "n'a pas de tête", et se montrerait incapable sans cela de se souvenir des endroits où il a enfoui chaque graine. En période de restriction alimentaire, le rongeur déterre la plantule et consomme la jeune tige ainsi que la graine qui contient encore quantité de matières grasses, glucides, protéines et vitamines.
Dès que les palmiers produisent de nouveau suffisamment de graines pour satisfaire aux besoins journaliers de l'agouti, le rongeur délaisse ses réserves de survie qui peuvent alors grandir et devenir à leur tour des palmiers producteurs de graines. |
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| Cultures et traditions : l'awara au quotidien... |
| L'awara est un palmier qui tient une place importante dans la culture et les traditions guyanaises, car chacun des éléments qui le composent peut se révéler utile dans la vie quotidienne. Les racines sont utilisées en dépuratif, le stipe peut servir de combustible, les feuilles servent à fabriquer des balais ou de la vannerie. Dans l'alimentation, le bourgeon appelé "chou" est consommé en salade et la chair des fruits est à la base de plats traditionnels comme le célèbre bouillon, et permet également de réaliser des jus, des glaces, des confitures ou des liqueurs. L'amande contenue dans la graine permet de fabriquer de l'huile de table, et le tchô-tchô. |
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| Le fruit de l'awara contient la précieuse graine avec laquelle on fabrique le tchô-tchô... |
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Le tchô-tchô (appelé aussi Kio-Kio ou Tyo-tyo) est utilisé dans la médecine traditionnelle créole et Bushi-nengé pour soigner plusieurs maux : furoncles, piqûres d'insectes, rhumatismes,... C'est aussi un vermifuge pouvant servir de purgatif lorsqu'il est associé à l'huile de ricin ou d'olive. Lors des poussées de fièvre, le tchô-tchô est également employé pour provoquer des sudations. Pour sa préparation, on commence par récolter les fruits desséchés au pied de l'awara plusieurs mois après qu'ils soient tombés. L'amande est extraite de la graine avec précaution, car il est important de ne pas la briser. Les amandes sont mises à tremper dans de l'eau durant plusieurs jours, cette phase dégageant une forte odeur plutôt désagréable. Elles sont ensuite placées dans un récipient et mises à cuire à feu doux. Il s'en dégage une fumée qui pique les yeux. Au fur et à mesure de la cuisson, il faut récupérer avec habileté l'huile qui s'en exude. Cette huile constitue le tchô-tchô. En Guyane, elle se gélifie à température ambiante (27° C environ), c'est pourquoi il est nécessaire de faire réchauffer le tchô-tchô pour le liquéfier avant de l'utiliser. On dit que préparé à l'aurore, à la pleine lune ou un jour de forte marée, la production de tchô-tchô présente un rendement supérieur.
Le bouillon d'awara est un plat traditionnel de la gastronomie guyanaise, qui se consomme entre Pâques et la Pentecôte. On se réunit en famille ou entre amis pour déguster ce bouillon fort apprécié.
La composition du plat est très riche : elle associe les "légumes pays", choux vert et blanc, concombres longe et piquant, épinards pays, haricots pays, aubergines, ... avec de la viande de porc, de boeuf, de poulet, ainsi que du poisson boucané et des crevettes. Les ingrédients sont liés par la fameuse pâte d'awara qui est un jus épais préparé avec le jus des fruits du palmier.
L'astuce du chef cuisinier est de préparer le bouillon la veille, car les fins gourmets vous diront qu'il est meilleur réchauffé...
D'après le légendaire dicton guyanais, le voyageur qui consomme le bouillon d'awara tombe à jamais amoureux de la Guyane et s'il n'y reste pas définitivement, il reviendra un jour ou l'autre en Guyane...
Qu'en est-il pour vous ?? |
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Textes Christine Poixblanc
Photos © Terres de Guyane
© Terres de Guyane - Tous droits de reproduction réservés
- Mai 2001 |
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