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Mercure et or en Guyane : mensonges, omissions ou ignorance ?
François CATZEFLIS
(Biologiste et citoyen)
"L'activité aurifère [en Guyane] est marquée par l'opacité."
(Christiane Taubira-Delannon, Rapport au Premier Ministre : 2000 - p. 26).
 
Que l'on soit en métropole ou en Guyane, il est parfois des situations paradoxales qui jettent de sérieuses interrogations sur les statistiques de l'Etat. En ce qui nous concerne, si les activités (légales et/ou illégales) d'orpaillage n'avaient pas des impacts sanitaires et environnementaux si désastreux en Guyane, on pourrait sourire de ce qui suit.
Rappel des faits :
Pour récupérer les paillettes d'or piégées dans la moquette, on rajoute du mercure liquide qui va amalgamer l'or. Puis, cet amalgame est chauffé au chalumeau, pour récupérer l'or qui alors se liquéfie tandis que le mercure s'échappe sous forme gazeuse. Si il n'y a pas de dispositif (retorte) destiné à récupérer les vapeurs de mercure, alors au moins les deux tiers de celui-ci sont rejetés dans l'atmosphère, et retombent dans l'environnement proche (Charlet et Boudou, 2002).


Les orpailleurs professionnels admettent qu'ils consomment environ 1,3 kg de mercure pour récupérer un kg d'or.

D'où vient le mercure utilisé légalement ?
Les Douanes nous apprennent que, pour 1999 à 2003, le mercure importé en Guyane provient essentiellement (>90%) de métropole, arrivant par bateau.
En 1999, 2.200 kg de mercure sont arrivés au port de Dégrad des Cannes ; en 2000, 4.700 kg ; en 2001, 4.200 kg ; etc...


Quelle est la production légale d'or en Guyane ?
Mais c'est facile, direz-vous : un petit peu moins que celle du mercure importé, puisque il faut 1,3 kg de mercure par kg d'or (cf ci-dessus)...
Posons la question à la DRIRE de Guyane : en 1999, 2.967 kg d'or produit ont été déclarés à la DRIRE ; en 2000, 3.545 kg ; en 2001, 4.058 kg, etc...
Mais c'est en 2002 et 2003 que la situation se corse : les masses de mercure importé en Guyane augmentent beaucoup (5.600 kg en 2002 ; 8.400 kg en 2003), mais les quantités d'or extraites et déclarées à et par la DRIRE stagnent : 3.255 kg en 2002, 3.200 kg en 2003.
 
Que se passe t'il dorénavant ? (voyez le graphique ci-dessus)
Une nouvelle usine de thermomètres à Maripasoula ? Quelques oublis dans les déclarations d'or produit ? Ou bien ce mercure sert-il maintenant aussi aux chantiers illégaux, dont les patrons-orpailleurs ne vont pas déclarer à la DRIRE (toute) leur récolte d'or ?

Une conclusion au moins s'impose : les services de l'Etat doivent réglementer immédiatement la vente de mercure, afin qu'il ne soit dorénavant accessible qu'aux seuls exploitants miniers autorisés à pratiquer l'orpaillage en accord avec les lois et les règlements de cette activité.

Par ailleurs, il semble raisonnable d'exiger que les services de la Préfecture instaurent l'obligation à l'exploitant-orpailleur de rapporter le mercure usagé chez le commerçant, condition indispensable pour que d'autres lots de ce produit dangereux puissent être à nouveau vendus à cet exploitant muni de son titre.
 
Le mystère de la toison d'or :
les exportations d'or de Guyane sont supérieures à la production.
Citons à nouveau Mme la Député Taubira-Delannon (2000 - p. 26) :
"C'est tout d'abord la production [d'or] elle-même dont le volume réel est inconnu. Le montant de la production annuelle déclarée à la DRIRE est certainement sous-évalué, dans la mesure où une partie de l'activité est clandestine, et que les titulaires de droits miniers pourraient dissimuler une partie de leur production. La production déclarée est en effet une production "nette", l'or produit servant de moyen de paiement pour la rémunération de la main d'oeuvre clandestine, dont il n'est pas possible de faire apparaître le coût en comptabilité. Il servirait également à la rémunération de la main d'oeuvre officielle, bien que cela soit proscrit par le code du travail (article L.143-1 et R.154-3 ....), ainsi que pour le paiement de consommations intermédiaires (gasoil, matériels), grâce à la passation d'écritures fictives.
Le volume d'or déclaré à l'exportation est ainsi supérieur au volume d'or déclaré à la production, et ce dans une proportion croissante.
"

Le graphique ci-dessous compare les valeurs (en kg) fournies par les Douanes (exportation d'or depuis la Guyane) et celles fournies par la DRIRE de Guyane (production d'or déclaré).
 
Comment expliquer cet écart, qui devient de plus en plus important ?
• Une partie de la production guyanaise clandestine serait incorporée dans les statistiques d'exportation ; les producteurs (légaux et/ou illégaux) peuvent vendre leur or à des comptoirs aurifères sans déclaration fiscale ;
• Des importations clandestines d'or en provenance du Surinam ou d'autres Etats voisins auraient lieu. Les autorités du Surinam considèrent que seule une partie minime de l'or produit au Surinam leur est vendu officiellement.
 
Références citées :
• Charlet, L., and Boudou, A. (2002). Cet or qui file un mauvais mercure. La Recherche 359: 52-59.
• Taubira-Delannon, C. (2000). L'Or en Guyane : Eclats et Artifices, pp. 1-157. La Documentation Française, Paris.
 
Textes © François CATZEFLIS
Photos © Thierry MONTFORD
Tous droits de reproduction réservés - Janvier 2004
 
 
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